Contrairement à ce que ce titre peut suggérer nous n’irons pas fouiller la préhistoire, nous commencerons par le village et à la paroisse. Mais leur origine n’en est pas moins mystérieuse.
Vulaines c’est d’abord un nom, dont l’orthographe change un peu, Vulayne en 1614, Vuillaine en 1692… devenu officiellement Vulaines-sur-Seine au XIXème s. pour le distinguer de Vulaines-lès-Provins.

Que signifie ce nom ?

La première mention écrite du nom est Villaines. Cela renvoie à « villa », une exploitation agricole de grande taille possédant des bâtiments d’exploitation. La villa est une création romaine dont le nom a été donné aux fondations ultérieures (du VIème au XIIème s). Villa a donné villiers, villars, et surtout ville auquel s’ajoutent des suffixes comme neuve, franche, maréchal, roy, cerf… Le nom est donc formé sur un mot ancien mais sa première mention ne date que du milieu du XVème s. Ce qui est très tardif par rapport à tous les autres villages ou hameaux environnants, Samoreau, Héricy et La Brosse au XIIème s. et même Fontaineroux en 1279. Tout cela signifie qu’une grande propriété gallo romaine ou mérovingienne existait peut être à l’emplacement de notre village mais que son nom n’a été trouvé dans aucun document écrit avant le XVème siècle, ce qui prouve que le village n’avait pas beaucoup d’importance, du moins pour ceux qui utilisaient l’écrit, c’est-à-dire l’Eglise, le roi et la grande aristocratie.

Un village du XVème s.

Le nom se trouve sur un parchemin de 1459 à propos d’un bail entre un tanneur et bourgeois de Melun, Jean Pichon, et un laboureur, Thomas Le Mercier, le bail concerne « un hôtel » contenant pressoir à vin, cour, jardin et dépendances ainsi que des friches. Il est dit que ce laboureur habite « Vulaines lez Samoiseau », c’est-à-dire Vulaines à côté de Samoreau ! Le village est donc bien peu connu !
Mais le contrat nous apprend aussi que le bien « dépend » de l’hôtel-dieu St Jacques de Melun, à qui il est dû 3 deniers de cens (une toute petite somme mais qui montre la dépendance)
Alors qui possède quoi ? Que vient faire cet hôpital ici ? La « domus Dei » de St Jacques a été fondée à la fin du XIème s. dans le quartier St Aspais de Melun, place du Martroy. Elle recevait des pèlerins qui allaient vers St Jacques Compostelle, puis bientôt d’autres malades de la ville. Cet hôtel-dieu vivait grâce à des biens ou à des rentes qui lui étaient donnés, dont cette terre de Vulaines. Exceptionnellement il existe un document de 1299 qui donne la liste des donateurs, mais les roturiers y sont mentionnés sans lieu d’origine.
Dans le bail entre le tanneur et bourgeois de Melun et Thomas Lemercier, laboureur à Vulaines, deux mots doivent retenir l’attention, ce sont : pressoir et friches. Nous sommes au milieu du XVème s. la guerre de Cent ans vient de se terminer, la grande peste a ravagé un royaume qui a peut être perdu la moitié de sa population, faute de bras de nombreuses terres ont été abandonnées, mais la croissance démographique reprend, Paris grandit et étend son approvisionnement. La demande crée l’offre, les propriétaires essaient de trouver des fermiers pour remettre en valeur les friches, pour en faire des terres à blé, des prés pour la viande… La demande de vin augmente, les coteaux de la vallée de la Seine sont propices, les petits paysans soignent leurs vignes et apportent leurs raisins au pressoir de ce Thomas Le Mercier, qui peut vendre son vin jusqu’à Paris. Vulaines apparaît donc dans les sources dans un moment de renouveau.

Il n’empêche que les résultats sont décevants, Vulaines est peut être une villa ancienne, des terres ont appartenu à un hôpital de Melun au XIIème s. et un tanneur de cette ville y possède un « hôtel » au XVème s. Par hôtel il faut entendre une maison bourgeoise, une maison de maître, louée à un laboureur, c’est-à-dire un riche fermier louant terres et bâtiments pour une exploitation « moderne ».

Ce qui est certain c’est que Vulaines est né en « haut », sur le rebord du plateau et que le village qui se développe n’a pas de relation directe avec la vallée de la Seine, et cela durera longtemps, puisque Stéphane Mallarmé parlera sans cesse de Valvins, jamais de Vulaines et sera enterré à Samoreau. Vulaines serait donc à rapprocher de La Brosse, le hameau d’Héricy, avec le même site et même terroir, et notre village aurait pu être une dépendance de la ville qu’était Héricy, mais Vulaines devint une vraie paroisse.

Depuis le début du Moyen Age, l’Eglise a divisé les diocèses (attention Vulaines était dans celui de Sens et non celui de Meaux) en petites unités paroissiales. Autour de son église la paroisse est l’unité de base, unité religieuse et sociale dirigée par son curé, unité administrative lorsque le pouvoir royal l’emporte sur le pouvoir seigneurial, unité fiscale où l’assemblée des paroissiens doit répartir la taille sur chaque foyer.

Quand la paroisse de Vulaines est elle née ?

Nous l’ignorons, son église démolie en 1898, ne permet pas de le dire. Cette paroisse a toujours été sous le double vocable de saint Eloi et de saint Fiacre. Ces deux saints très populaires, ont vécu tous deux aux VIème et VIIème s.

Saint Eloi (vers 588-en 660) était un fils de paysan qui fit son apprentissage d’orfèvre, et ayant participé à la fabrication d’un trône d’or pour le roi Clotaire II, il fut remarqué pour son intégrité. Il passa à son service puis à celui du roi Dagobert qu’il servit comme trésorier et comme évêque de Noyon. Il devint le saint patron de tous ceux qui utilisent un marteau. Saint Fiacre est plus local puisque moine d’origine irlandaise il s’installa en Brie à la demande de saint Faron, évêque de Meaux au VIIème s. sa vie légendaire est très riche, son culte ancien et il devint vite le patron des jardiniers.

Ce sont deux saints mérovingiens mais les églises dont ils sont les patrons se créent surtout à partir du XIIème, on peut donc penser que la paroisse de Vulaines existait au XIIIème, et qu’elle dépendait de l’archidiocèse de Sens. En Seine et Marne, on trouve six églises pour St Eloi et trois pour St Fiacre, Vulaines est la seule à avoir les deux saints.
L’assemblée constituante décréta fin 1789 la transformation des paroisses en communes, et c’est ainsi que naquit celle de Vulaines.

Serge CERUTI

Sources :
G. FOURQUIN Les campagnes de la région parisienne à la fin du Moyen Age PUF 1964
H.STEIN Dictionnaire topographique de Seine et Marne 1954

Archives de l’hôpital de Melun St Jacques carton B 41 des AD de Dammarie Les Lys

cassini-vulainesExtrait de la carte de Cassini,
Échelle 1/86400,
La taille des caractères permet bien de distinguer, les paroisses comme Vulaine, les hameaux comme La Brosse, les châteaux comme La Madelaine et les fermes isolées comme La Folie.
Cette version aquarellée, permet de voir le relief, les rivières et les forêts.