C’est le recensement de 1901 qui permet de comprendre ce que pouvait être Vulaines il y a un peu plus de 100 ans. Ce recensement est consultable en ligne aux archives Départementales : http://www.archives-departementales.fr
Comme il s’agit du recensement du canton de Fontainebleau, il faut aller à la page 290 pour consulter Vulaines

LES MAISONS

Le village est composé de cent quatre maisons souvent bien petites, mais aussi de quelques belles maisons « bourgeoises » et de deux châteaux.
Elles se distribuent le long de quelques rues mais en formant deux noyaux. Le premier, assez distendu, entoure l’église avec une trentaine de maisons le long des actuelles rue Jame et de l’Eglise, tandis que les maisons du second noyau s’agglutinent autour de rues rebaptisées depuis peu, celles de la République (chemin des Sablons), Gambetta (chemin du Petit Château) et Pasteur (rue du Four).
Ces deux « hameaux » sont unis par la Grande rue (Riché) qui s’appuie elle-même sur deux « courées », autour de l’impasse du Veau et en face de la grande mairie toute neuve.
Village de rebord de plateau, Vulaines compte cependant quelques habitations dispersées vers la vallée: une dizaine à la Varenne, sept à Valvins, où Mallarmé vient de mourir dans une maison qui appartenait au loueur de voitures, une autre habitation sur la pente (voie de la Liberté) et trois nouvelles autour de la gare.

LES HABITANTS

Au « dénombrement » de 1901, Vulaines compte 345 habitants résidants formant 110 « ménages » au sens de l’administration, à savoir un ensemble de personnes vivant sous le même toit que ce soit en couple avec ou sans enfant, célibataire, veuve… les domestiques logés étant toujours comptés dans le ménage.
De fait on peut compter cinquante trois familles avec des enfants, le nombre de ces enfants étant assez restreint puisqu’il n’y a que deux familles avec 5 ou 6 enfants, neuf avec 3 ou 4, contre quarante deux familles avec 1 ou 2 enfants. Ajoutons une nourrice qui a deux enfants et garde trois bébés.
Certains de ces enfants sont parfois âgés mais vivent avec leurs parents avant de s’installer, soit en se mariant (il n’y a qu’un couple en concubinage évident), soit en prenant une exploitation ou un commerce.
En effet il n’est pas question que les jeunes célibataires vivent seuls, sauf s’ils travaillent et sont logés par leur patron. A l’inverse les familles hébergent relativement peu de grands-parents, même dans les fermes, mais quelques grands-parents s’occupent de leurs petits enfants, les parents travaillant sans doute à la ville. Donc essentiellement des familles de deux générations.
A côté de ces familles, vingt sept couples sans enfant, et ce ne sont pas tous des couples âgés. Cela rappelle que la natalité française est la plus basse d’Europe, en particulier dans les campagnes de cette région. Vulaines compte entre trois et six naissances par an avec une mortalité infantile forte mais peu calculable sur un si petit échantillon (deux bébés pour les années 1897-1901 dont un Parisien en nourrice).
Les autres « ménages » comprennent d’assez nombreux célibataires dont le nombre est sous-estimé du fait que tous les domestiques le sont aussi, mais sont comptés dans le ménage de leur « maître ». On trouve aussi des vieillards, veufs ou veuves.
La répartition des sexes est très dissymétrique avec 193 femmes pour 152 hommes, et la répartition des âges est aussi très irrégulière, puisqu’on compte 66 personnes de 30 à 40 ans contre 35 pour les 20 à 30 ans, dont seulement 11 hommes ! Cela n’est pas du tout à l’image de la répartition française, toujours question de petit échantillon. C’est sans doute aussi le signe d’un exode rural temporaire ou définitif chez les jeunes qui trouvent peu à s’employer sur place. Il n’y a d’ailleurs, le jour du recensement, que 311 personnes présentes sur 345 résidantes.
Les décès dépassent les naissances, au mieux ils sont égaux. La mort frappe encore des gens de tous âges : la vieille Mme Riché à 76 ans, plusieurs jeunes d’une vingtaine d’années ou des hommes dans la force de l’âge comme Stéphane Mallarmé décédé le 9 septembre 1898 à 56 ans.
Si on calcule les taux pour cette période de 1897 à 1901, la natalité est de 13 pour mille, alors que la mortalité est proche de 17. La population a donc une tendance naturelle à diminuer, mais il y a plus de migrants qu’on pourrait le penser, si bien que la population a augmenté de 22 personnes depuis 1896. On trouve même deux « vrais étrangers », un vieil ouvrier agricole belge et une jeune domestique luxembourgeoise.

UN VILLAGE ACTIF

En dehors d’une douzaine de rentiers avec leurs domestiques et leurs jardiniers, le village est à majorité agricole,  51 personnes sur un total de 128 actifs, déclarent une profession agricole, sans compter quelques domestiques.
On peut y trouver dix neuf petites exploitations de « cultivateurs » dans lesquelles travaillent soit un homme seul (huit cas) soit le mari et sa femme (huit cas), la participation d’autres membres de la famille étant très rare. Cela s’explique par le fait que des ouvriers agricoles assez nombreux, une quinzaine de « manouvriers » ou « journaliers », dont trois femmes, sont toujours prêts à se faire embaucher dans ces exploitations, lorsque le besoin s’en fait sentir. Les labours dominent largement (289 ha) et sont stables depuis un siècle, mais les parcelles, partagées, sont de plus en plus étroites. Pour l’élevage on trouve quelques 13 ha de prés dont certains en plein centre du village.

Quatre exploitations de vignerons mais trois d’entre elles sont tenues par des hommes de 61, 76 et 81 ans ! Elles témoignent d’une époque révolue, celle où la vigne à vin était une activité importante. On est en effet passé de 87 ha de vignes en 1823 à 8 ha et demi, et la confrérie St Vincent et St Fiacre qui avait été fondée en 1848, a disparu à Vulaines dès 1894 alors que les « Samoriots » la maintenaient.
Cet effondrement des 9/10 èmes du vignoble s’explique par « les maladies de la vigne », oïdium puis phylloxera, mais aussi par la concurrence des vins bon marché du Midi. Vulaines, à la différence de Thomery, construit assez peu de murs pour le raisin de table et reconvertit ses terres en multipliant les bois dont la superficie décuple (de 6 à 60 ha), mais aussi en plantant des pommiers à cidre et en agrandissant les jardins. Sur les 14 ha que ces derniers occupent, on trouve quinze jardiniers mais seuls deux sont des exploitants, quelques uns sont domestiques, les autres travaillent pour les « propriétaires ».

Mais Vulaines est aussi un village actif par ses commerçants et artisans. D’abord quelques commerces dans la Grande-rue (rue Riché) : deux « cabarets épiceries » et la boulangerie tenue depuis 1897 par les Salmon, qui viennent de Joigny; rue de la République on trouve une autre épicerie et à proximité de la gare un « débit » pour le tabac et les allumettes (la maison est encore reconnaissable au coin de l’avenue de la Gare et de la voie de la Liberté). Plus originale, rue Pasteur, une boutique de « marchande de chaussures ». Tous ces magasins sont tenus par des femmes qui y travaillent souvent seules, sauf pour la boulangerie où le père et le fils s’activent au fournil.

Les artisans sont assez nombreux et ce sont le plus souvent des travailleurs indépendants. C’est le cas du secteur de l’habillement où l’on trouve deux blanchisseuses, une lingère et quatre couturières, mais une seule emploie deux jeunes apprenties de 13 et 14 ans.
Le travail féminin important à cette époque, est bien présent avec environ un tiers de la population active : 42 femmes contre 86 hommes. Les autres sont des ménagères avec ou sans enfants. Le travail féminin n’est donc pas lié aux charges familiales, il ne dépend que du revenu du ménage et aussi, sans doute, de la facilité à trouver un travail «chez soi », c’est à dire à la ferme ou à la boutique.
Enfin le village est « encadré » par des emplois publics : un garde-champêtre, deux cantonniers, le curé (nous sommes encore jusqu’en 1905 sous le régime du concordat) et l’instituteur. Doit-on leur ajouter les « demoiselles » de l’école libre ? Leur situation est en pleine mutation, la directrice est encore une religieuse jusqu’à la rentrée 1900, mais ensuite à cause de la loi contre les congrégations, elle se « sécularise » et enseigne avec deux autres institutrices libres.

A ce « dénombrement » des humains il faudrait ajouter celui des animaux. Une seule espèce est bien connue, celle des chiens. Pourquoi ? tout simplement parce qu’ils paient (ou plutôt leurs maîtres) des taxes…

L’imposition distingue les chiens d’agrément ou de chasse qui sont taxés 8 Fcs par an, et les chiens de travail qui gardent les troupeaux, les habitations, les magasins et même … les aveugles, ceux-là ne paient que 2 Fcs. Eh bien les chiens de Vulaines correspondent bien à l’image ci-dessus: 14 chiens de garde mais 26 chiens d’agrément, la chasse a un bel avenir !