Nous avons fait le tour du village vers 1900, et vu qu’il restait un village agricole et très modeste, mais avec une superbe mairie-école. Nous terminons la visite avec l’église, et les résidences des notables.

L’église nouvelle

Le legs Jame prévoyait la construction d’une nouvelle église. Les travaux furent particulièrement rapides puisque la dernière messe fut célébrée dans la vieille église le 2 octobre 1898, et la nouvelle fut bénite le 15 août 1899.
L’église de l’architecte Cottin n’est guère plus grande que la précédente, car la pratique n’est pas très forte. La Brie n’a jamais été une terre très fervente, et est vite devenue une terre « radicale » ; le vieux F-C. Delaplace, ancien maire et grand-père du chroniqueur Georges Guillory, écrit en 1889 : « Le dimanche je suis toujours seul d’homme (sic) à la messe, en fait de propriétaire vigneron. Cela est bien triste quand je songe au temps de ma jeunesse où tout le monde venait à la messe et où personne ne travaillait le dimanche ».
Pour dégager l’église des rues qui l’entourent, et pour avoir une belle entrée, l’architecte la tourne de 180°, en l’orientant vers l’ouest. Il la construit dans un style néogothique peu original à l’époque, lui donne une forme de croix latine avec une seule nef, un chevet plat et deux petits transepts. Il prévoit des voûtes non en pierre mais en ciment, ce qui est assez révolutionnaire, et qui nécessitera l’intervention d’une entreprise de Paris, mais sera aussi critiqué par la commission préfectorale, pour manque de solidité.
La décoration n’est pas prévue par le maire, puisque Mme Riché a donné 5 000 F par testament, « destinés uniquement à l’achat d’un maître autel et d’une chaire à prêcher ». L’autel est dessiné par un « artiste réputé, Monsieur Haussaire », la chaire de bois est sculptée par M. Durand, habitant du village. Mais un obus d’août 1944 a détruit la chaire et réduit l’autel a sa partie basse, où l’on voit toujours une sculpture inspirée par la Cène de Léonard de Vinci, le clocher a changé de charpente, tandis que vitaux et revêtement intérieur donnent un aspect plus moderne à cette église.
Cette église neuve n’améliore pas les relations entre M. Riché, le maire et l’abbé Guignon, le curé. Ce dernier réussit à inaugurer le bâtiment à l’occasion de première communion du 15 août, alors que le maire voulait le faire le 3 septembre avec la mairie. Et puis l’église et la mairie ont chacune leurs cloches, celle de l’église date de 1692, mais laquelle sonnera la bonne heure ?
Comme l’église est juste à côté de l’ancienne mairie, le curé pensait bien en faire le presbytère, mais le maire prétextant un mauvais état du bâtiment refuse, et la loue à un particulier. Il faudra attendre 1920 pour qu’un échange entre la mairie et le comte Henry d’Erceville, rende ce dernier propriétaire du bâtiment. Il le donne alors à l’évêché et il devient presbytère, puis maison paroissiale, ce qu’il est resté.

Un village de « propriétaires »

Vulaines est un village de propriétaires, qui emploient une dizaine de jardiniers et une douzaine de domestiques. Ces derniers, assez mobiles et souvent étrangers au village, sont exclusivement des femmes, exception faite de deux cochers et d’un valet de chambre. Treize chefs de ménage se déclarent « propriétaires », il peut paraître surprenant d’indiquer une telle profession, mais c’est une façon de dire que l’on vit de ses rentes, qu’elles soient foncières ou immobilières. Ceux qui se déclarent « rentiers » sont des personnes âgées ayant juste de quoi finir tranquillement leurs jours, mais ils sont très rares ici.
Ces « propriétaires » ont toujours vécu de leurs biens, ils possèdent quelques terres à Vulaines, des maisons de rapport ou un négoce à Paris, et de la rente d’État, voire des actions. Leur résidence à la campagne n’est pas encore celle des « villégiateurs », déjà nombreux à Samois et qui vont se multiplier partout. Elle est plutôt un moyen de proclamer leur attachement à un genre de vie traditionnel, où l’oisiveté se conjugue avec la libéralité et la culture.
Huit de ces treize propriétés emploient au moins un domestique ou un jardinier, ce sont ces belles maisons bourgeoises et leurs jardins d’agrément, que l’on peut encore voir aujourd’hui, du 12 au 16 rue Jame, au 4 rue de l’église, au 3 rue Riché, sans oublier la « Maison blanche » près du pont de Valvins.
Mais seules deux demeures sortent vraiment du lot commun, ce sont les « châteaux ». Le château d’Erceville, abrite la famille du comte Charles, le couple, quatre enfants et cinq domestiques, mais un seul jardinier, habitant une maison voisine, s’occupe du parc et du potager de l’autre côté de la rue, comme il est de tradition à Vulaines.
Simple et belle demeure bourgeoise, elle est devenue château seigneurial au 18ème siècle mais la famille d’Erceville qui le possède depuis 1845 l’a mise au goût du jour, en lui ajoutant une haute toiture à lucarnes et une tour de style Renaissance. C’est cette transformation qui lui sera fatale car devenu haut, le château servira d’observatoire allemand lors de la bataille de Valvins d’août 1944 et les obus américains le détruiront. Il a été loti en 1949, mais le potager devenu parc municipal, garde le nom de la famille, et la rue du Parc en indique le contour.
Le « petit château », celui de Charles Jame puis d’Alexandre Riché, est une habitation plus modeste, mais le parc et le potager sont si vastes, qu’on y emploie 5 jardiniers. Après la mort de M. Riché le domaine est racheté par Paul Lozouet, un bourgeois parisien qui cherche une grande demeure pour ses chevaux et ses invités. Séduit par le parc de 13 ha, il détruit le petit château et fait construire les Brullys en 1907, une belle demeure de style Louis XIII, pouvant recevoir en plus de la famille, une vingtaine de convives et leurs domestiques, et une écurie pour une dizaine de chevaux. Le potager dont le portail date de 1884 s’étend sur 3 ha. Mais les Lozouet, contrairement aux d’Erceville qui résident au village, n’y viennent que pour l’été, et comme ils détestent changer de cadre, ils font transporter à chaque saison, le mobilier des salons !

Valvins

Mais si aujourd’hui Vulaines est visité, ce n’est pas ni à cause de ses châteaux, ni de ses maisons bourgeoises, mais l’on vient voir celle, bien modeste, de Stéphane Mallarmé, à Valvins,
Je dis bien Valvins et non Vulaines, car à l’époque entre les quelques maisons près du pont et le haut du village, il n’y avait rien, et la côte était raide. A l’inverse le pont permettait la liaison avec quelques maisons d’Avon, avec les Platreries du Bas Samois, et le centre de Samoreau était plus facile d’accès que celui de Vulaines. Mallarmé postait son courrier à « Valvins, par Avon, Seine et Marne “. et c’est à Samoreau qu’il fut enterré en 1898.
Le bord de Seine à proximité du bac, ne possédait au 18ème siècle qu’une seule maison, auberge et relais pour les coches d’eau, qu’on appelait « Cayenne ». Un siècle plus tard, une petite auberge subsiste, dont Stéphane Mallarmé loue quelques pièces en 1874, puis le tout lorsque sa retraite lui permet une installation définitive en 1893. Le charme de la Seine où il canote, celui du jardin qu’il aménage, tout l’attache profondément à ce cadre et à cette maison, qu’il décore avec soin. Mais loin d’être une retraite, elle devient un lieu de rencontre pour poètes, peintres et musiciens. La mort de Mallarmé ne disperse pas les artistes qui sont aussi sensibles au voisinage. Et quel voisinage ! la maison se trouve près de la Maison Blanche habitée par le sculpteur Cyprien Godebski, et sa fille, la belle Misia, l’aime tant, qu’après son mariage avec Thadée Natanson, le fondateur de la Revue blanche, elle fait acheter la « Grangette », toujourssituée quelques maisons plus loin sur la quai. Le jeune Ravel y vient dès 1907 pour garder les enfants et leur composer « Ma Mère l’Oye ». Le musée Mallarmé ouvert en 1992, essaie de faire revivre le lieu et son esprit.
La fin du 20e siècle transformera Vulaines en village dortoir et fera exploser sa population, mais on peut toujours retrouver quelques uns des lieux que ces chroniques ont essayé de faire vivre pour votre plaisir.