naitre-1Une des premières pages du registre pour l’année 1692.
Depuis 1675 les actes sont rédigés sur du papier timbré, « Petit Papier Un sol la Feuille», cette nouveauté fiscale, a occasionné des révoltes en Bretagne. Les actes se suivent selon l’ordre chronologique, sur le même feuillet on peut donc trouver un baptême, une sépulture ou un mariage … mais sur ce feuillet de mai à juin 1692, on trouve 4 sépultures.

Ces évènements sont extraits des registres paroissiaux qui étaient tenus dans chaque paroisse par le curé qui devait enregistrer les Baptêmes, Mariages et Sépultures. Ces registres d’ « état chrétien » comme on dira plus tard « état civil » permettent d’étudier tous les mouvements de population d’une paroisse, puisque tous les individus relèvent à l’époque de l’Eglise (sauf les Juifs absents de notre région). Normalement on devrait trouver des registres depuis 1539, date à laquelle le roi François Ier a ordonné leur tenue, mais il fallut du temps pour appliquer les ordres, les données étant portées sur des feuilles volantes, elles se sont perdues, ont été détruites par des incendies… En septembre 1792 la République a crée l’état civil et tous les registres paroissiaux ont été déposés dans les mairies, à Vulaines ce fut en décembre 1792. Les feuilles ont été rassemblées et reliées dans les années 1850 et conservées depuis en l’état. La collection va de 1688 à 1792 avec absence des années 1710 et 1717, on peut donc dire que la population du XVIII ème siècle nous est accessible. Les relevés sont maintenant en vente au Cercle de Généalogie et d’Héraldique de Seine-et-Marne voir http://cghsm.over-blog.org/pages/Les_releves_du_CGHSM-113469.html. Mais on peut aussi s’adresser à Serge Ceruti pour des relevés particuliers.

naitre-5La dernière page
Voici la dernière page du registre paroissial et la première du registre civil. La feuille est marquée du sceau de la monarchie constitutionnelle « le roi et la loi », mais la République a été proclamée le 22 septembre 1792. Le 1er décembre 1792 le curé de Samoiseau (Samoreau) et de Vulaines enterre Henriette Lhardy, âgée de 7 ans. Ce sera le dernier acte religieux inscrit sur ce registre puisque le 15 décembre 1792 (on peut lire à tort 91) le présent registre est transmis au maire, Lhardy, et aux officiers de la commune de Vulaines sur Seine. L’état civil est né.

QUELQUES IDEES A VOIR OU REVOIR

Les années se suivent et ne se ressemblent pas OUI
Selon les années c’est la Mort ou la Vie qui l’emporte, si l’on regroupe Baptêmes et Sépultures par périodes de 10 ans, les naissances dépassent les décès sur 6 décennies alors que les morts dépassent les naissances pendant les 6 autres.
Ainsi se succèdent de mauvaises décennies où les décès dus aux épidémies et à la sous alimentation l’emportent sur les naissances qui elles mêmes fléchissent. Ces mauvaises années sont celles de la pression fiscale et des calamités naturelles (208 décès sur 20 ans entre 1688 et 1708), les grandes années noires nationales comme 1694 et surtout 1709, sont repérables mais sans plus. Puis viennent de bonnes périodes où les enfants naissent nombreux et où les mortalités sont modérées, les bonnes années sont celles de la mi siècle (86 décès sur 20 ans). Quant aux mariages, on en célèbre 192 pendant 112 ans, donc moins de 2 par an mais certaines années sont vides et d’autres fastes, souvent au lendemain des crises, en 1703 on en compte 8 !

Tout le monde porte les mêmes noms OUI et NON
il y a beaucoup de prénoms semblables surtout pour les filles, on en trouve 65 prénommées Marie, mais 99 de plus portent un nom composé avec Marie, dont Marie Anne , Marie Jeanne puis Marguerite Marie… Pour les hommes Pierre et Jean (plus de 65 chacun) dominent largement Nicolas et Etienne. Il y a quelques originaux quelques Edme et une Osmane, ce prénom étant celui de la sainte patronne de Féricy. Pour les noms de famille, les Gervais, Delaplace, Moreau et Chevrier dominent mais comme les transcriptions sont faites à partir d’une prononciation pas toujours claire et que les orthographes sont fantaisistes, on sépare les Taveau des Taneau, les Derierot des Dericlos… sans compter tous les noms commençant par De et qui le gardent ou le perdent, les Delaplace- Laplace, les Duboulois-Boulois… Ce n’est pas facile de retrouver les familles.

Les filles se marient très jeunes NON
Seules les grandes familles nobles marient leurs enfants très jeunes. Les paysans de Vulaines se marient entre 20 et 24 ans pour les filles et entre 22 et 26 ans pour les garçons. Ils forment donc des couples du même âge, du moins pour le premier mariage. Les différences d’âge sont plus marquées pour certains remariages. Les veuvages sont très fréquents, veufs et veuves se remarient très vite, souvent moins d’un an après la mort du conjoint, ils se remarient entre eux (16 / 72 remariages), ou avec des célibataires et cette fois les hommes préfèrent les jeunettes ! Inutile de dire que derrière tout cela la question des revenus joue un rôle important, il explique sans doute que de jeunes hommes acceptent de d’épouser des filles plus âgées.

naitre-3Deux mariages en 1695.
Deux mariages se succèdent le 31 janvier et le 8 février 1695. Ils ont été choisis pour leur facilité de lecture, mais ils sont assez exceptionnels par les nombreuses signatures qui les accompagnent. Pour le premier, cela s’explique par les conditions sociales, le marié qui est originaire du diocèse de Limoges, est sans doute un maître carrier venu exploiter le grès du rocher, et il épouse la veuve d’un laboureur, donc un riche paysan de Vulaines. Pour le second c’est plus surprenant puisque les mariés et leurs familles sont des vignerons.

Cejourdhui 31me janvier 1695 jay fait les ceremonies de la benediction nuptiale de jean Croisillot fils de Leonard Croisillot et de Marie lefon venant de la paroisse de Pahet diocese de Limoge d’une part et de catherine Millesan veuve de Charles Guillosson laboureur de la paroisse de Vulaine en foy de quoi jay soussigne pretre et cure de ladite paroisse en presence de jacque Croisillot Pierre Dumay Pierre Thomas lesquels ont signe avec moy et catherine cardeeut… lesquels ont declarez ne scavoir signer

Cejourdhui 8me fevrier 1695 jay fait les Ceremonies du Mariagesuivant lordre de lEglise dentre Etienne Bourguoin fils d’Etienne Bourguoin vigneron de la paroisse dhericy d’une part et de Marie Riclot fille de Jean riclot et de deffunte francoise dumay de cette paroisse de vulaine en presance de Michel Bourguoin frere Etienne Moreaucousin et du cote de la Mariée denis Riclot pere qui ne sait pas signer Pierre dumay oncle pierre riclot frere et Claude garnier lesquels ont signer avec moy pretre cure de la dite parroisse

On se marie entre Vulaignots OUI
On trouve 187 mariages sur 192, dont l’un des conjoints est de Vulaines. La moitié concerne l’union de deux Vulaignots. Pour l’autre moitié, ce sont surtout des filles de Vulaines qui épousent des garçons venant d’ailleurs, mais il s’agit des mariages célébrés à Vulaines, et non de la résidence finale du couple. Parmi ces maris « étrangers » 28 sont originaires d’ Héricy et de Samoreau, 44 des villages du département actuel et 19 de plus loin, mais ces derniers sont bien sûr installés sur place ou dans les environs comme les carriers du Limousin, déjà rencontrés. Les 23 garçons de Vulaines qui se marient avec une « étrangère », la choisissent dans des villages de l’actuel département dont 3 seulement à Samoreau et Héricy. Cette répartition montre donc aussi la tendance à célébrer le mariage dans la paroisse de l’épousée. Tendance qui ne fera que s’accentuer.

Le mariage se fait après la moisson NON
Et pas du tout comme aujourd’hui non plus. En effet les 2/3 des mariages ont lieu en novembre, janvier et février et les ¾ sont célébrés les lundi et mardi !! Ceci s’explique par des raisons religieuses et agricoles. L’été est pris par la fenaison, puis par les moissons qui sont suivies ici par les vendanges… et beaucoup d’habitants vont travailler l’été dans d’autres paroisses, alors que l’hiver tous sont présents et que les activités laissent plus de temps libre. Mais les temps liturgiques sont aussi très importants, ainsi entre novembre et janvier, le vide de décembre s’explique par l’Avent (quatre dimanches avant Noël) qui est un temps de pénitence, même chose bien sûr pour les 40 jours du Carême qui s’étalent inégalement sur mars et avril selon les années. De même le vendredi est un jour de pénitence, le samedi est la vigile du dimanche… par contre faire fête le lundi voire le mardi a toujours été traditionnel (il nous reste les lundis de Pâques et de Pentecôte).

On peut confondre Naissance et Baptême OUI
dans la société française du 18ème s. tous les enfants sont baptisés sauf ceux des familles juives enregistrés par ailleurs.
L’acte se présente presque toujours de la façon suivante : « Ce jourd’hui neufième octobre sept cent vingt a été baptisée marie Catherine fille de etienne gervais et de marie taneau ses père et mère légitimes née le même jour le parrain Christophe Chevrier et la marraine Catherine Murat qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquit [signé] Lesage Delagerville Curé ». Date du baptême puis prénom et sexe de l’enfant, puis filiation avec parfois profession du père, puis précision du jour de la naissance par rapport à celui du baptême, puis désignation plus ou moins précise du parrain et de la marraine, enfin précision sur les signatures ou leur absence, cette dernière mention permet d’avoir une idée de l’alphabétisation de la population.
Le baptême n’est pas toujours célébré le jour de la naissance mais comme le baptême est un sacrement qui marque l’entrée dans l’Eglise et comme on le croit absolument nécessaire pour être sauvé en cas de mort, il est rarement célébré plus de 3 jours après la naissance. Et si la sage femme ou un parent voient un enfant en danger, ils le baptisent en urgence et à domicile, c’est l’ondoiement. Si l’enfant ondoyé meurt quelques instants plus tard, il est alors inscrit sur le registre comme ondoyé puis à la suite comme enterré, mais s’il survit, il reçoit alors un prénom et est « baptisé sous condition », car le sacrement ne peut être donné qu’une fois. Ainsi le 13 déc. 1697 « a été baptisée une enfant ondoyée à la maison que j’ai baptisée sous condition laquelle est fille de Martin henry vigneron… » Par contre il est probable qu’un certain nombre d’enfants morts très prématurément, même ondoyés, ne sont pas inscrits dans les registres,on pense que les naissances sont ainsi sous estimées.
Si on avait le registre de1692, on aurait dû y trouver un baptême un peu particulier, celui de Marguerite dont le parrain était le baron d’Héricy, Edouard de Poussemotte de l’Etoile, et la marraine dame Marguerite Martineau, heureusement ce baptême est gravé dans le bronze, il s’agit en effet de celui de la cloche de l’église, qui sonne depuis 1692.

Les familles sont très nombreuses NON
Les naissances sont très nombreuses mais la mortalité infantile est si grande que les familles sont souvent relativement modestes. La taille des familles n’est pas simple à établir car les registres ne donnent pas les fratries, il faut reconstituer les familles. Sur les 37 familles reconstituées qui peuplent le village en 1717, seules 5 ont plus de 4 enfants (dont certains sont déjà adultes mais célibataires sous leur toit) et 7 n’en ont qu’un seul. Un couple est remarquable mais peu représentatif, celui de Jean Vullaine et de Jeanne Gervais, lui est originaire d’Héricy et il épouse Jeanne en janvier 1691. Entre nov.1691 et nov.1711, donc en 20 ans, ils ont 15 enfants ce qui fait une moyenne d’un enfant tous les 16 mois, mais 10 meurent avant 1 an, et seuls 4 deviennent adultes et se marient.
Les naissances se suivent mais pas aussi régulièrement. Comme c’est la conception qui compte, j’ai fait un tableau mensuel des naissances puis je l’ai décalé de 9 mois pour obtenir une répartition saisonnière des conceptions. On trouve 20% des conceptions pour le total des mois d’août, septembre et octobre contre 28 % pour décembre, janvier et février, la différence n’est pas énorme mais si l’on prend les mois extrêmes on a quand même 11% de conceptions en février, contre moins de 6% en août, séparations pendant l’été et nombreux mariages d’hiver !

naitre-4Sépulture Baptême en 1714
Le 11 septembre 1714 a été enterré Jean Courtin d’environ 42 ans. Signent Lesage Delagerville, le curé de V. et Martin Henry, qui est maître d’école et chantre. Le 25 septembre 1714 a été baptisée Marie fille de Jean Songeux et Marie Anne Dumas. Seule la marraine sait signer.

On meurt très jeune OUI
On meurt à tout âge mais surtout au plus jeune. Sur 466 décès dont les âges sont précisés on trouve 20% de bébés de moins d’un an et 23% d’enfants de 1 à 5 ans, et pourtant le chiffre des bébés est sans doute sous estimé car certains sont mal enregistrés, surtout les enfants ondoyés qui n’ont pas de prénom et qui meurent juste après leur naissance. Si on rapporte ces nombres à 1000 naissances, il resterait 733 vivants au bout d’un an, 520 vivants à 5 ans, 457 à 10 ans et 385 vivants à 25 ans. Au total la moitié des enfants meurent avant 11 ans ce qui fait une espérance de vie à la naissance de 28 ans mais attention à cette notion souvent mal comprise. Car ceux qui en réchappent à la mort précoce ont une espérance de vie beaucoup plus grande, celui qui atteint 25 ans, soit un enfant né sur trois, a alors devant lui une espérance de 30 ans et il peut donc vivre au moins jusqu’à 55 ans. Et les vieillards ? ils existent, même si seuls 11% des décès concernent les plus de 60 ans, les records sont ceux de Jean Couturiau, mort en 1706 à 96ans et de Jeanne David à 90 ans en 1729.
Les causes de la mort des adultes ne sont jamais précisées mais on peut parfois les deviner. De jeunes femmes meurent quelques temps après un accouchement, les membres d’une même famille meurent à quelques jours d’intervalle par contagion… seuls les accidents sont précisés : un inconnu trouvé dans la rivière en avril 1730, mais ce sont surtout ceux des carriers.

Population du village durant le siècle
Le dépouillement a finalement enregistré 779 Baptêmes, 794 Sépultures et 192 Mariages pour une population d’environ 150 habitants. Quel étrange équilibre entre Vie et mort.

Serge CERUTI