Un village qui change

De nouveaux moyens de connaissance

Les recensements
Sous l’ancien régime les décomptes de la population étaient irréguliers, partiels et peu précis, le premier vrai recensement, dit de l’an VIII, fut prescrit par Lucien Bonaparte et réalisé en 1801. Alors que le dernier comptage de 1790 était de 150 habitants le recensement de 1801 nous donne une population de 154 hab. mais en 1820 la population a bondi à 174 hab. soit une croissance de 13% en 20 ans ou de 16% en 30 ans.

Plan de 1811Le plan cadastral napoléonien
Avant la Révolution la taille payée sur les terres était un impôt de répartition entre les paroisses, il n’était donc pas nécessaire de connaître le détail des propriétés, mais avec la création de la taxe foncière payable par chaque propriétaire il devenait indispensable d’établir un tel cadastre. Cependant Vulaines devait avoir, à titre exceptionnel, un plan cadastral en 1787, il nous reste le cartulaire, c’est-à-dire la liste de toutes les propriétés avec nom du propriétaire et de la superficie, mais s’il a existé, le plan lui-même a disparu.

revolution-suite-2L’Assemblée constituante, en proclamant l’égale répartition des impôts et en établissant la contribution foncière, décréta la confection d’un cadastre général. Mais il fut impossible de s’en occuper au milieu des agitations révolutionnaires. On a quelques éléments d’une liste de propriétés pour 1791 et aussi pour l’an V ou 1797 mais rien de cohérent. On trouve aussi un joli plan de 1811, a-t-il été levé ou simplement adapté de celui de 1787 ?

Il faut attendre le cadastre napoléonien (loi du 15 septembre 1807) mais réalisé seulement en 1818-1823 à Vulaines pour avoir l’ensemble : plan, liste des propriétés et matrice des mutations.

Un paysage en évolution

revolution-suite-3Une densification de l’habitat
Le cartulaire de 1787 permet de compter 34 habitations, le cadastre de 1820 on dénombre 55. Ce qui fait une croissance de 61% alors que la population n’a cru que de 16% ! La différence s’explique sans doute par l’individualisation d’habitations précédemment familiales. Ces maisons restent très petites puisque la majorité n’a, selon le fameux impôt des portes et fenêtres, que deux ouvertures. A l’inverse les 2 châteaux en ont respectivement 33 et 35.
Habitants et maisons restent très concentrés tout en haut du village puisque les 3 rues actuelles : République, Pasteur et impasse du Veau, concentrent 47% des habitations contre 41 en 1787. Le seul hameau est celui des « trois maisons » en haut de la rue des Vazaniers, hameau qui donne son nom à la rue, devenue ensuite rue de l’église.

Les seules maisons isolées sont près de la Seine, la belle auberge (12 portes et fenêtres) dite de Cayenne (9 habitants en 1804) et qui est devenue le musée Mallarmé, et aussi sa voisine, la « Maison Blanche » qui venait d’être construite au bout du pont ! Décidé en 1796, en construction depuis 1811 le pont sera inauguré en 1826.

revolution-suite-4Le Paysage agricole
Pour la répartition des cultures la stabilité l’emporte sur les changements : sur une surface agricole constante de 408 ha on voit les labours passer de 272 à 289 ha tandis que la vigne passe de 64 à 87 ha. Où sont les retraits ? Les friches s’effondrent de 23 à 4 ha, ce qui est bon signe mais les bois s’effondrent aussi de 15 à 5 tandis que les prés passent de 22 à 13 ha, la question du pâturage des animaux se pose et cela aura des conséquences dont nous reparlerons.

Le paysage social
Les propriétaires fonciers étaient 144 en 1787 ils sont 325 en 1823, les 2 plus grandes propriétés de 1787 mesuraient 205 ha elles ne font plus que 87 ha en 1823. La démocratisation est donc bien réelle mais elle ne concerne pas vraiment les Vulaignots. En effet les propriétaires résidants à Vulaines ne représentent que 15% du total mais 32% de la superficie et 42% des revenus, alors que ceux résidant à Héricy-La Brosse sont 199 soit 61% du total mais n’occupent que 39% de la superficie et 20% des revenus. On peut en conclure que le village a un terroir exploité surtout par les vignerons de La Brosse mais que les plus belles propriétés sont aux Vulaignots.

Une paroisse devenue commune

revolution-suite-5Le 14 décembre 1789 l’Assemblée Nationale a érigé en communes toutes les anciennes paroisses du pays. « Vulaine » selon l’écriture de l’époque devient donc une commune avec un maire mais bientôt une paroisse sans curé.
Dès novembre 1790 on nomme des officiers municipaux, et Jean DELAPLACE est le premier maire. Le 23 mai 1791 Nicolas AUGER, curé de Vulaines meurt à 34 ans et il est inhumé le lendemain, en présence des curés voisins mais aussi de la municipalité de Vulaines : DELAPLACE, maire, LHARDY procureur de la commune, SONGEUX greffier, et aussi MENAGE, VERNEAU, ROIDE, GERVAIS et CHOMET officier.

Une paroisse qui devient totalement dépendante

La Constitution civile du clergé de 1790 bouleverse les structures ecclésiales. D’abord elle transforme les biens de l’Eglise en biens nationaux, les églises paroissiales sont conservées mais les autres bâtiments sont vendus. C’est le cas du presbytère et de la grange aux dîmes dont la vente a lieu le dimanche 12 février 1792 à Melun. Il s’agit de « une maison cy devant presbiterale, une grange des dixmes et une portion de cimetiere ». On apprend ainsi que Vulaines avait une grange aux dîmes, « adjacente à l’église », petite grange de « deux travées couvertes en tuiles ». La vente est faite le 27 février mais après lecture d’une lettre de protestation des habitants « sous pretexte que le presbitere ayant été construit aux frais des habitants on ne devait point proceder à la vente qu’ils n’ayent été payés de leur avance ». Après le rejet de cette demande les enchères ont lieu entre trois personnes les sieurs Félix, Lesieur et Lebrun, elles commencent à 5500 livres, montent et finalement c’est le sieur Lebrun, demeurant à Fontainebleau, qui l’emporte pour 10100 livres. Ce presbytère existe toujours mais n’est plus visible car il a été inclus dans la maison bourgeoise qui se trouve rue Jame, face à la rue de l’église. Quant à la grange aux dîmes, elle a connu une histoire mouvementée dont nous reparlerons.

Les membres du clergé doivent prêter serment dès janvier 1791, Nicolas AUGER le curé de Vulaines, le fait comme beaucoup de ses confrères et son archevêque, mais il meurt dès le mois de mai. D’autre part chaque département devient diocèse, Vulaines qui était dans celui de Sens fait partie de celui de Seine et Marne dont le premier évêque sera Pierre THUIN, curé de Dontilly, élu évêque en mars 1791.

Après la condamnation de la constitution civile du clergé par Rome en mars 1791, un certain nombre de curés reviennent sur leur serment, d’autres quittent les ordres, d’où des réductions de paroisses. En juillet 1791 le Directoire du département en supprime 49 dont celle Vulaines réunie à Héricy. L’église devient un simple oratoire et sur les registres ont peut lire que les baptêmes, mariages et sépultures sont faites par VALLIN curé de Samoreau, desservant Vulaines.

La situation religieuse se dégrade bien plus sous la Terreur, en 1793 les prêtres sont invités à « déposer leurs lettres de prêtrise et à cesser leurs fonctions ». La tradition rapporte que Jean SONGEUX, ancien chantre, distribuait le pain béni et chantait vêpres devant une belle assemblée.

Le concordat de 1801 rétablit le culte catholique sous le contrôle de l’Etat. Mais l’organisation ecclésiastique reste bouleversée, ainsi les paroisses sont hiérarchisées entre cure (Héricy), succursale (Samoreau) et chapelle vicariale.
Or Vulaines n’est rien et en plus les presbytères non vendus ont été rendus à l’Eglise mais comme celui de Vulaines a été vendu, il faudrait trouver une maison ou en construire une pour loger un prêtre et c’est trop cher pour cette pauvre commune. La paroisse dépend donc totalement de Samoreau qui est elle même desservie par Héricy ou ses voisines, les habitants sont furieux et vont faire pétition sur pétition auprès de l’évêque de Meaux et du sous préfet de Melun. Finalement en 1827 le roi Charles X signera une ordonnance érigeant Vulaines en chapelle vicariale, mais comme il n’y a pas de logement disponible pour un prêtre, la dépendance vis-à-vis des voisines reste entière pour encore 20 ans.

revolution-suite-7-tnLa nouvelle municipalité est bien mal connue

La loi créant les municipalités prévoyait un conseil municipal élu par les habitants et un maire pour la diriger. Une maison commune, la mairie, devait être construite afin d’accueillir les réunions du conseil municipal ainsi que l’administration municipale.
Les personnes sont vite choisies, nous avons vu que Jean DELAPLACE est le premier maire en 1791 et il est réélu le 13 novembre 1791 par 9 voix sur 14. Mais il meurt le 23 juin 1792 à 49 ans. Alexandre LHARDY, procureur de la commune devient maire et est remplacé par Antoine CHEVRIER, qui deviendra lui-même maire entre 1793 et 1796. Pendant toutes ces années Jean SONGEUX reste greffier.
On trouve ensuite François MENAGE de 1796 à sa mort en 1797, puis Alexandre LHARDY et Antoine CHEVRIER qui reviennent, le premier jusqu’en 1802, le second jusqu’ à sa mort en 1805. Viendront ensuite Jean-Baptiste MACHELARD de 1805 à 1809, François MENAGE fils de 1809 à 1813 et Claude GRILLON de 1813 à 1821.
DELAPLACE, LHARDY et CHEVRIER ont été élus au suffrage direct par les citoyens actifs, c’est-à-dire ceux qui paient une contribution au moins égale à 3 journées de travail dans la commune. Après 1795 les municipalités deviennent cantonales, chaque commune élit dorénavant un agent municipal qui participe à la municipalité cantonale. L’agent municipal passe sous l’autorité des “présidents des municipalités cantonales”. Et à partir du Consulat les maires sont nommés par le préfet, ils ont complète autorité sur un des conseillers bientôt choisis parmi les plus imposés…
Nous ne savons rien de la vie municipale de cette période car la mairie n’existait pas, le conseil se réunissait chez le maire qui avait souvent tendance à confondre ses papiers et ceux de sa commune. C’est ainsi qu’en juin 1821, J P. Bernard, maire, successeur de Grillon, s’aperçoit que son prédécesseur n’a jamais tenu le registre des réunions du Conseil Municipal et qu’il a emporté le coffre contenant les archives…Jean-Pierre Bernard décide de lui demander des comptes, mais Grillon meurt quelques mois après.

Cependant l’une des activités des maires a laissé une belle trace, c’est l’état civil. Ces actes prennent la suite des registres paroissiaux tenus par les curés jusqu’à la proclamation de la République en septembre 1792. En fait pour Vulaines le premier acte civil est une inhumation le 22 décembre 1792, l’acte est signé par Antoine CHEVRIER « officier publique »

Un mariage civil fut institué et commença à être célébré dans les mairies ; la cérémonie n’était pas très différente de celle célébrée à l’église, la phrase « Au nom de la loi, je vous déclare unis par les liens du mariage » remplaça celle que le prêtre prononçait « Au nom de Dieu, je vous déclare unis par les liens du mariage ». En l’absence de mairie, le mariage se faisait devant la porte d’entée de la maison du maire « à haute et intelligible voix ».

Et la longueur des actes montre que l’on entrait dans l’âge de la bureaucratie.

Serge CERUTI

Références des sources.

  • Les archives municipales (sans cote) :
    cartulaire de Vulaines en Brie près de Valvins 1787 ;
    table des propriétés du cadastre de 1791 (incomplet) ;
    plan cadastral de Vulaines 1818
    Matrice du plan cadastral 1823
    registre paroissial des BMS ;
    registres d’état civil NMD ;
    différentes pièces de courrier et imprimés du département
  • Les archives départementales de Seine et Marne :
    AD 1Q 1083 n° 1925 vente bien national à Vulaines
    AD 2V9 14 janvier 1827 ordonnance de Charles X concernant la paroisse de Vulaines
  • Ouvrage
    GUILLORY Georges Vulaines, Samoreau, Héricy : un peu d’histoire locale. Fontainebleau 1930