C’est le résultat de ce que l’on peut appeler la révolution industrielle, elle a d’abord été une révolution des transports.

ROUTES ET CHEMINS

Les routes évoluent beaucoup tant du point de vue de leur tracé que de leur revêtement. Pour ce dernier on passe du chemin de terre dont les ornières étaient régulièrement remplies de gravas à des chemins empierrés, quant aux routes pavées elles sont peu à peu macadamisées, et il faut demander aux paysans de mettre des « roulettes » sous les charrues et les herses pour ne pas les abîmer ! Pour le tracé, la Monarchie de Juillet multiplie les procédures d’alignement et la mise aux normes des largeurs selon un classement précis, les sentiers de vignoble étaient de 4 pieds soit 1,33 m mais dès 1828 la Voie-aux-aniers (rue des Vazaniers) passe à 3 m. La difficulté des élargissements était dû le plus souvent au manque de pierres, on prenait les murgets (pierres de toutes sortes rejetées au bout du champ) mais on trouve aussi de la meulière au Grain de fer, les cantonniers cassaient les caillasses. Pour le chemin des Chapeaux, qui passait à droite en descendant, son élargissement risquait de tarir la source, c’est pourquoi on fit un nouveau tracé à gauche du lavoir en 1880, créant ainsi un nouvel alignement.

Les changements de tracé sont plus surprenants. La route royale de Valvins à Montereau , date de 1787 par arrêt du roi, belle route , droite, en partie pavée, c’est celle qui est aujourd’hui le CD 210 (passage sur le chemin de fer en moins) Mais cette route qui était trop raide pour les charrois, est en partie abandonnée dès 1855 , pour la rendre plus « coulante », on lui fait prendre l’actuelle voie de la Liberté, et on la couvre de macadam. Elle traverse le bois Gasseau en longeant la propriété de Jame-Riché et rejoint l’ancienne voie royale au-delà.

Mais c’est le projet de contournement du centre de Vulaines qui est plus surprenant. Dès 1836 les Ponts et Chaussées proposent de faire contourner le centre du village pour rejoindre directement la route de Machault, par la ruelle Goby qui serait élargie de 2,66 à 5 m. Mais la municipalité refuse (il y aura un nouveau refus en 1872) et préfère garder la Grand rue (Riché) comme voie principale, en l’élargissant et en lui donnant des trottoirs en 1866. De toute façon la difficulté d’accès au centre concernait surtout les 3 tournants brusques à l’entrée du village, on les redresse en 1856, mais la meilleure solution sera le percement de l’actuelle rue de la Libération et la création de « la Fourche » qui devient un lieu à photographier pour les cartes postales.

LA SEINE

DOC 2  pontLa Seine était un axe important, il le demeure mais le transport par péniche augmente et leur traction évolue. Les chevaux tiraient les péniches le long des chemins de halage, mais à la fin du siècle, un nouveau mode de halage apparaît, c’est le touage, une chaîne métallique est immergée dans le cours d’eau. Et un bateau-treuil à moteur, le toueur, s’agrippe à cette chaîne et peut tracter un train d’une quinzaine de péniches.

La Seine était traversée par un bac à Valvins mais en 1801 le Consul décida la construction d’un pont, aussitôt Héricy protesta réclamant la reconstruction de celui qui l’avait relié à Samois au Moyen Age car celui de Valvins « se trouverait dans un isolement absolu et, vu cette raison, il ne passerait presque personne hors les jours de marché à Fontainebleau ». Mais la décision est maintenue, les travaux commencés en 1811 sont ralentis par les désastres de la guerre, et seulement terminés en mai 1825. C’est un pont en bois de 5 arches et 7 m de large avec péage pour personnes et animaux (1cheval vaut 2 hommes, 3 si chargé). La tête de ce pont de Valvins est à cheval sur les communes de Vulaines et Samoreau, (grâce à un échange de terrain) mais le bureau de péage se trouve sur Vulaines. En 1849 le péage sera supprimé, mais la maison conservée jusqu’à sa destruction lors de la Libération de 1944. En 1866 le pont est reconstruit en fer, pendant les travaux un bac gratuit est rétabli à Samoreau. En 1870 devant l’avance des Prussiens, le génie fait sauter une arche, les Prussiens passés, elle est reconstruite en 1873. Ce pont sera élargi et renforcé en 1904 pour permettre sa traversée par le tramway.

En aval du pont, le terrain qui vient d’être annexé par Vulaines devient un « port » en 1846, avec perception de droits, mais le port n’est officiellement distingué de Samoreau qu’en 1897.

LE RAIL

Le chemin de fer déjà actif sur l’autre rive depuis 1849 fait son apparition sur la rive droite en 1896, le village est alors relié à Corbeil ou Montereau par la nouvelle ligne du chemin de fer du « Paris-Lyon-Méditerranée », le PLM. Une gare Vulaines-Samoreau est installée, mais à Vulaines ! Elle est ainsi plus facile à relier au tramway, dont la liaison   avec Fontainebleau date de 1899. Le tramway s’arrête à Valvins avant le pont et la ligne sera prolongée jusqu’à la gare en 1909. Ce tramway n’a qu’une seule voie, mais la « balladeuse » fait jusqu’à 17 AR par jour !

Cette révolution dans les transports a de grandes conséquences agricoles.

La disparition des vignes

En 1834 pour 210 habitants, il y a 95 vignerons et 10 autres agriculteurs, en 1900 on ne trouve plus que 51 agriculteurs et seulement 4 vignerons dont deux ont 76 et 81 ans ! La surface passe de 87 ha de vignes en 1823 à 8 ha 1/2 en 1900

Pourquoi cette disparition si rapide ? D’abord à cause de la médiocrité des vins, elle explique que dès que le chemin de fer se développe, le marché parisien s’adresse aux vins du sud, faisant s’effondrer la consommation du vin local. Les crises du phylloxéra et du mildiou après 1880, achèvent le vignoble, la meilleure solution est le remplacement des plans anciens par des plans américains, mais cela augmente trop les coûts. Une solution de remplacement fut le développement de la culture du raisin sur les murs dont il reste de nombreux témoins, mais il s’agissait plutôt d’un travail de jardinage et la concurrence de Thomery était forte. Mais en 1900 il y avait quand même un wagon aménagé pour le raisin au départ de Champagne.

C’est tout une tradition qui disparaît, avec les dates des vendanges, les pressoirs…et le « grapillage » sorte de glanage des raisins après la vendange, désormais supprimé puisque les producteurs coupent les grappes à la demande.
Le reste des activités agricoles, ne change pas, stabilité des labours à 288 ha des prés à 13 ha , mais alors que deviennent les vignes ? elles deviennent des jardins et vergers qui doublent de surface et surtout des bois qui passent de 5 à 59 ha entre 1823 et 1900. Donc un changement total sur les coteaux viticoles qui deviennent des vergers de pommiers (et les habitants se mirent au cidre), et surtout des coteaux boisés, et la surface des bois passa de 6 à 60 ha)

Où sont les activités industrielles ?

Seulement quelques entreprises liées au bâtiment :

Le temps des moulins est passé, celui à eau du parc (des Brullys), et celui à vent du Petit Rocher, disparaissent avant 1850. L’industrie moderne ne touche pas Vulaines.
La briqueterie Périchon à la Varenne, demande une autorisation pour un four en 1864, mais elle vit ses dernières années, la terre était encore travaillée à partir du printemps quand la température était bonne, elle était battue par des animaux dans un manège, puis mise en séchoirs et enfin au four. On trouve aussi en 1863, un four à plâtre à Cayenne (entreprise Maire dès 1830) en relation avec les Platreries de Samois existant déjà en 1706. Enfin une carrière, toujours visible sur la voie de la Liberté, une menuiserie et le marchand de bois et de matériaux déjà installé à Valvins, et qui y restera jusqu’à sa « montée » sur le plateau en 2010. Tout ceci montre l’importance du « bâtiment » ce qui est normal car ce siècle est celui de la pierre et de la tuile. Dès 1825 les toits de chaume sont interdits pour les nouvelles maisons et en 1852 pour toutes, mais Vulaines n’en a plus aucune, les vieilles bâtisses sont améliorées ou reconstruites en moellons de pierre avec mortier de chaux et sable fin venant des « sablons », ces travaux sont réalisés par les habitants mais aussi par deux entreprises de maçonnerie dont celle des Reverdery qui se succèdent de père en fils, et qui deviennent des notables.

Les artisans indépendants sont assez nombreux. C’est le cas du secteur de l’habillement où l’on trouve deux blanchisseuses, une lingère et quatre couturières, mais une seule emploie deux jeunes apprenties de 13 et 14 ans.

L’ensemble permet de faire vivre un petit village, à une époque où les déplacements restent difficiles et chers. Mais les temps changent et cela se voit avec le secteur des transports : le loueur de voitures et le bourrelier sont déjà les témoins du passé,

Comment se traduit la modernisation ? Quelques exemples

Par un bon lavoir. Celui des Chapeaux dont la fontaine est achetée en 1825, est alors à l’air libre mais bien utile l’hiver, d’où la « crise » de février 1829 quand le maire le réserve aux femmes de Vulaines, alors que celles de Samoreau ne peuvent aller sur la Seine gelée. Elles disent « depuis un temps immémorial, les Samoriotes n’ont cessé d’aller laver leur linge à V durant l’hiver lorsque la Seine était gelée ou débordée… » L’affaire ira jusqu’au préfet qui tranchera en faveur de Vulaines en 1836. Entre temps le lavoir a été construit en dur , puis reconstruit plusieurs fois et couvert en tuiles, et il dispose de 14 places. Le bâtiment actuel date de 1886.

Par le transfert du cimetière autour de l’église vers les sablons, pour des raisons d’hygiène. Le projet date de 1836, il se fait dix ans plus tard, mais les derniers signes religieux ne sont enlevés qu’en 1854. Le nouveau cimetière est dans les sables alors que l’ancien était si humide que l’on disait « à Vulaines on n’enterre pas les morts, on les noie ! » Dès 1852 le maire organise les concessions, 30F pour 50 ans et 100F pour l’éternité !

Les noms des rues changent en 1900, elles prennent des noms « significatifs » : République Gambetta, Pasteur… mais  une demande d’éclairage public faite à cette occasion est jugée inutile…  Quant au courrier, il est toujours distribué par le facteur d’Avon et Vulaines n’est qu’une boite rurale. Ce n’est que le 1er décembre 1910 que l’administration ouvrira un bureau des postes, rue Pasteur, le téléphone est au café Mulot, le tout sera transféré au bureau PTT de la rue de la République en 1920.

Demain viendront pour tous l’électricité, l’eau, le tout à l’égout… mais entre temps Vulaines aura la plus belle mairie-école du canton.

SERGE CERUTI